jeudi 6 octobre 2011

Belle retombée du développement immobilier: des services mis à la hâche

Les résidents du Sud-ouest sont en train de se faire servir un exemple frappant de comment le développement immobilier à l'outrance peut les appauvrir de plusieurs façons.  Après des années de promesses vides de "retombées" du développement massif de logements privés dans le Sud-ouest, nous nous trouvons face à une réalité déconcertante:  nous sommes laissés avec à peu près rien.  Nos loyers ont augmenté plus vite que le moyen à Montréal (plusieurs ont dû quitté le quartier), nous avons plus de circulation automobile dû au influx considérable de nouveaux résidents aisés (qui possèdent le plus souvent une auto).  Et maintenant, nous apprenons que l'Arrondissement se trouve en déficit, contraint à dépenser toujours plus pour fournir les services municipaux de base tels que le ramassage des poubelles, du recyclage et de la neige, l'entretien des parcs et autres mobiliers urbain...tandis que ses revenus n'ont pas augmenté.  La faute se trouve peut-être avec la Ville centre, qui ne distribue pas équitablement les revenus obtenus des nouveaux développements, mais la solution immédiate préconisée par les élu-e-s du Sud-ouest est de faire payer, encore une fois, les plus démunis.

Ainsi, on ferme la bibliothèque Georges-Vanier.  On ferme le bain Émard.  On se débarasse des installations qui hébergent le Fort Angrignon.  On met des employés municipaux à la porte (difficile à voir comment moins d'employés puissent offrir le même niveau de services).  On coupe ici, on coupe là, et, en fin de compte, on recule sur une mesure qui aurait eu pour effet de faire partager - d'une façon très modeste, voir timide - une petite partie des coûts liés au développement immobilier avec des gens relativement aisés qui en bénéficie directement: les propriétaires des nouveaux condos dans le secteur Griffintown.  Ainsi, l'Arrondissement abandonne l'idée d'imposer une taxe spéciale qui aurait redistribué un peu le fardeau de la crise.

L'histoire est vielle: faire payer les pauvres pour la crise.  Mais les gens de faible et modeste revenus du Sud-ouest ont raison d'être indignés.  Ce n'est pas eux qui ont invité les spéculateurs à venir faire leur festin ici, ce n'est pas eux qui ont tout fait pour rendre possible l'embourgeoisement rapide du quartier qui a déclenché cette crise de finances de l'arrondissement.  Mais c'est eux qui doit payer le prix.  Les propriétaires des condos, ils ont leurs piscines privées, ils ont leurs bibliothèques bien garnies dans leurs salons.  La fermeture de services publics gratuits et à bas coût ne leur affecte pas vraiment.

Les gens du Sud-ouest ont raison d'être indignés: face à des "choix difficiles", les élus de l'Arrondissement (tous partis confondus) les ont laissé tombé.  Ils n'ont pas eu ni le courage politique, ni le sens de justice sociale nécessaires pour faire partager plus équitablement les effets néfastes de la crise de finances publiques.

Indignons-nous!

2 commentaires:

  1. Sophie ThiébautOct 22, 2011 06:59 PM

    Bonjour Manuel,
    Je suis d'accord avec toi sur le fait que le développement rapide du Sud-Ouest augmente les taxes foncières payées par tous et que l'obligation de l'arrondissement de rendre à tous les services de base n'est pas compensé par une hausse des revenus issus de la Ville Centre. J'ai aussi entendu le Maire du Sud-Ouest l'expliquer : c'est un fonds spécifique qui se nomme "fonds de développement" qui est trop peu important et nous remet des peanuts versus les coûts des services à fournir.
    Par contre, saches que l'arrondissement n'a pas reculé devant la création d'une taxe dans Griffintown mais celle-ci ne peut se mettre en place avant 2013. En effet, l’arrondissement doit justifier que les résidants de Griffintown auraient à payer des services différents des autres citoyenNEs de l’arrondissement (nettoyage des futurs bassins sur le site des Bassins du Nouveau Havre, difficultés particulières dues à la petitesse des rues dans ce quartier pour les ramassages etc…)
    Et oui, on ne taxe pas comme on veut… Et à ce sujet, je crois comprendre que tu aurais souhaité que l’arrondissement profite de son pouvoir de taxation pour tenter d’imposer selon les revenus mais on n’est pas le gouvernement provincial… De plus, je souhaite te rappeler que la taxe foncière évalue déjà le type de tenure, de luxe dans lequel les citoyenNEs résident. Si tu habites en HLM ou en condos, tu ne payes pas du tout le même montant. Il me semble alors que « l’équité » que tu souhaites existe déjà, tout du moins dans le cadre de la responsabilité municipale…
    Je te signifie donc que je ne suis pas d’accord avec tes critiques. « Manque de courage politique, de sens de justice sociale »…Tu y vas fort et rapidement et sans « m’indigner » contre toi, si tu as besoin d’explications avant de mettre en ligne un prochain article, tu peux m’appeler...

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  2. Bonjour Sophie,

    Il est certain que j'ai écrit cet article sous le coup de la colère, une colère que je ressens encore, d'ailleurs. Je trouve ça simplement inacceptable que les résidents du Sud-ouest en paient les coûts du développement immobilier par la perte des services.

    Mes critiques envers vous, les élu.e.s, étaient fondées sur les informations diffusées dans les communiqués de l'arrondissement et les articles de la Voix Populaire, en plus d'une conversation que nous avons eu toi et moi. C'est la première fois que j'entends que l'arrondissement entend aller de l'avant avec sa taxe spéciale en 2013: lors de notre conversation tu m'avais dit simplement que tu étais contre la taxe parce que tu trouvais ça injuste et divisif. Pour ce qui est de l'arrondissement, dans leur communiqué ils ont indiqué qu'il y avait eu du "progrès" sur les questions de partage de revenus avec la ville centre. Et bien, malgré les "progrès", on ne recule pas sur la fermeture des services!

    Maintenant, je n'ai pas proposé que l'arrondissement taxe directement en fonction des revenus, mais qu'il taxe en fonction de la tenure des logements. Tu dis que ça se fait déjà, mais je ne serais pas d'accord pour dire que nous vivons dans un système équilibré et juste. Moi je dis
    que s'il faut aller chercher plus de revenus, ou bien faire des économies, on doit frapper en première sur la porte des riches.

    À vous de trouver donc les moyens de ce faire! Mes critiques vont dans ce sens: je trouve qu'en tant d'élu.e.s c'est votre job de trouver des solutions qui ne pénalisent davantage les démunis.

    Au plaisir de continuer la discussion...

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