Le mouvement "Occupy", dont la branche locale a réussi à établir un campement important au Square Victoria à Montréal, se relève clairement de la désobéissance civile. Estomaqués par les inégalités devenues trop marquantes et le peu d'espace laissé aux citoyens pour participer pleinement aux décisions qui déterminent la distribution des ressources, les occupationnistes s'installent, un peu partout sur la planète, aux coeurs des quartiers financiers pour réclamer une fin à la domination absolue du milieu financier. Cela est un acte de désobéissance qui véhicule le message: l'ordre habituel des choses ne peut se maintenir tant que l'injustice soit si répandue.
La désobéissance civile, dans toutes ses formes, part de la prémisse que la "primauté du droit" ne peut pas être absolue. Notamment, lorsque la loi est responsable pour (ou a pour effet de favoriser) le maintien des injustices flagrantes, les pratiquants de la désobéissance civile soutiennent qu'il est légitime, et même obligatoire, de résister, et ce, même si la résistance implique le non-respect de la loi. Les occupationnistes de Montréal pratiquent la désobéissance civile en ce que, même si la place Square-Victoria ne ferme pas la nuit (comme les parcs), les règlements municipaux ne permettent pas le camping dans les places publiques.
Ce moyen d'action connaît deux tendances. La première, traditionnelle, ne remet pas en question les fondements de la légitimité de l'État libéral. Elle part de la prémisse que l'État rompt le "contrat social" lorsqu'il promulgue une loi injuste, et que cette rupture justifie la désobéissance. La réforme d'une loi injuste rétablirait le contrat social, et l'État serait de nouveau juste et démocratique.
La deuxième tendance, appelée "constructive" par l'avocate ontarienne Jackie Esmonde (dans Bail, Global Justice, and the Limits of Dissent (2003) 41 Osgoode Hall J 323), part de la prémisse que un ordre pleinement démocratique et juste n'existe pas encore. Tandis que la désobéissance civile traditionnelle est limitée à des actions non violentes pour lesquelles le contrevenant accepte une punition, les pratiquants de la désobéissance civile "constructive", ne reconnaissant pas la légitimité de l'État néolibéral, ne sentent pas une obligation d'accepter une punition d'un État vu comme illégitime. La désobéissance civile "constructive" reconnaît que les opportunités pour participation démocratique sont limitées dans une société où les ressources sont concentrées dans les mains d'un petit nombre.
Ainsi, soutient l'avocate militante pour les droits et libertés, "le pacifisme n'est pas toujours approprié" comme moyen de résistance. La violence serait donc une question stratégique et tactique, plutôt que morale. Et, "lorsque l'État s'engage dans la violence pour protéger la distribution inégalitaire du pouvoir, une désobéissance civile qui se revêt d'une forme violente pour se défendre ou pour défendre d'autres pourrait être appropriée".
Jusqu'à date, les autorités policières montréalaises ont toléré les occupationnistes du Square Victoria. Ailleurs dans le monde, la répression commence à tomber sur les campements des indignés. Hier, c'était le tour d'Oakland de passer à la matraque:
Si les occupationnistes du Square Victoria sont naïfs, ce ne serait pas parce qu'ils rêvent à un monde plus juste et égalitaire; ce serait plutôt parce qu'il n'auraient pas préparés adéquatement pour une intervention répressive qui, malheureusement, doit inévitablement venir tôt ou tard (si les indignés continuent à remettre en question les fondements du système...et c'est notre interprétation que c'est justement cela qu'ils font). Lors d'une telle intervention, le non-violence ne serait peut-être pas la réaction la plus appropriée.
intéressant...et il et vrai que je me demande quelle sera la réaction quand la Ville décidera que c'est assez ? déjà, le fait que les occupantistes (comme tu les appelles) veuillent élargir leur campement risque de créer un premier clash entre eux/elles et la Ville qui pourrait bien demander l'intervention des fameux alliés potentiels (i.e la police ou au besoin, les pompiers qui déclareront le campement non sécuritaire)
RépondreSupprimerEn soutien aux occupants, vous pouvez monter une tente devant chez vous !
RépondreSupprimerJe trouve ça poétique que tu te trouves là, 27 ans plus tard, Marc o. Ainsi va la vie, eh, en cycles comme ça? Entre l'exaltation et la nostalgie:
RépondreSupprimerhttp://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/334807/occupons-montreal-les-refugies-du-systeme-financier
La Tour de la Bourse est quasiment imprimée dans mes gênes depuis '84! Beaucoup d'actions quotidiennes et de revendications concrètes lors de ce lointain mois de mai de mes 29 ans. En 2011, encore devant la Bourse- et Power Corp. du Canada, et Québécor- je nous souhaite simplement de durer. Tout le monde sur le site a envie de durer. Être comme un point d'exclamation ou un bouton sur le nez du capitalisme montréalais. Les Indignados de Montréal ne partiront pas d'eux-même au premier flocon. Ils ne font que donner l'exemple.
RépondreSupprimerJe suis un peu jeune pour savoir ce qui c'est passé en mai 84 à la tour de la Bourse... mais je suis bien curieuse. Des détails STP :)
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