De prime abord, il faut se garder de se fier trop aux reportages sensationnalistes des grands médias. Si on n'était pas présent aux événements en question, il peut être dangereux d'avoir recours au seul ouïe-dire pour arriver à une analyse raisonnée de la situation. Qui étaient les acteurs des ses événements? Quels individus étaient responsables pour les actes de "vandalisme"? Comment la police a-t-elle géré la confrontation? Leur réaction était-elle démesurée? Surtout, il faut bien comprendre le contexte qui a conduit au conflit.
Ainsi, il est essentiel de comprendre que l'administration du CEGEP avait posé un geste provocateur: elle avait menacé l'association étudiante de fermer l'établissement complètement suite à un vote de grève. Un tel geste prive effectivement les étudiant-e-s de tout moyen de s'organiser démocratiquement. Où tenir les votes de reconduction de grève? Comment poursuivre les activités de mobilisation? Dans ces conditions, un lock-out de cette nature ne peut être vu qu'une tentative de mettre des bâtons dans les roues du mouvement étudiant. Il était donc tout à fait prévisible que certains étudiant-e-s réagissent avec colère au geste de provocation de l'administration du CEGEP du Vieux. Pour poser un tel geste, l'administration devait soit faire preuve d'aveuglement volontaire quant aux conséquences, soit être imbue de mauvaise foi.
Maintenant, la Ministre Beauchamp vient jeter d'huile sur le feu, en ordonnant les CEGEPs de poursuivre les activités d'enseignement malgré les mandats de grève. En ce sens, la réaction du président de la FECQ est tout à fait juste; selon lui, la Ministre "joue un jeu dangereux" et "vise la confrontation" qui risque de provoquer d'autres incidents comme ceux qui se sont produits le jeudi passé au CEGEP du Vieux.
Le gouvernement Charest s'apprête à détruire l'accessibilité des études supérieures au Québec. En ce faisant, il porte violence au droit de l'éducation. Les étudiant-e-s sont très justifié-e-s dans leur colère face à ce gouvernement. L'obstination et la provocation du gouvernement, dans ce contexte, risquent de créer une situation explosive. Nous ne pouvons que conclure que la partie irresponsable dans cette équation est le gouvernement, puisqu'il sait très bien ce qu'il fait. Provoquer des gens en colère n'est jamais une bonne idée.
Maintenant, devons-nous mettre en garde nos camarades contre toute destruction de biens, devons-nous condamner les gestes des individus qui répondent, peut-être d'une façon malhabile parfois, aux provocations du gouvernement?
Il serait dangereux de croire que seule la contestation polie est efficace. Il est vrai pour ce qui est de l'opinion publique, la destruction des biens peut avoir un effet négatif, mais, à mon avis, cela dépend de l'étape de la lutte. À cette étape-ci, je ne crois pas que ce soit la meilleure façon de véhiculer le message des étudiant-e-s au public.
Dire cela n'est pas la même chose que dire que le "non-violence" est obligatoire dans toutes les situations. Lorsque l'État attaque les contestataires, par exemple, avec de la violence qui viole les droits fondamentaux des gens, autrement dit, lorsque l'État devient lui-même un voyou, une stratégie de auto-défense pourrait être nécessaire.
Dans certaines situations, la crainte d'une réaction violente des jeunes peut même empêcher l'État de poursuivre d'actions destructrices. Un fait historique qui m'a toujours fait songer c'est la question de la possibilité de l'invasion de la Cambodge par les Américains. En effet, le président Nixon soupésait la possibilité d'envoyer des forces terrestres pour contrer la "menace communiste" au printemps 1970. En réunion de cabinet, un de ses conseillers lui aurait dit "Si tu le fais, les campus américains vont éclater en flammes". Bon, Nixon a fait fi des conseils de son cabinet et a opté quand même pour une campagne de bombardement intense qui a fini par permettre aux Khmers Rouges de prendre le pouvoir, mais le principe demeure que ce n'est pas juste des pétitions et lettres ouvertes qui puissent faire réfléchir (ou infléchir) les décideurs.
Les provocations du gouvernement vont radicaliser le mouvement.
RépondreSupprimerTout à fait, c'est le gouvernement qui se tire dans le pied.
RépondreSupprimerEn fait, ce qui est vraiment intéressant dans cette affaire, c'est que très peu de médias ont expliqué la nature de l'occupation et du "vandalisme" du Vieux-Montréal, soit le lock-out imminent du cégep. Les médias rapportent de la casse, du bris de matériel de jeunes en colère contre le gouvernement. En fait, c'est afin de construire des barricades pour se protéger d'une éviction par la police que les gens du Vieux ont déplacé des objets, il n'y a pas eu particulièrement de destruction comme telle de matériel. Mais aucun média, même si on leur explique (c'est mon cas), ne veut rapporter les faits tels qu'ils sont. Les images du local de l'association étudiante, couverts de messages politiques et de peinture, comme tous les locaux d'association étudiante, ont été largement diffusés par les médias pour attester du vandalisme. C'est une mise en scène des événements qu'a présenté les médias, leur trame narrative est d'ailleurs toujours la même. Ils s'empressent alors de s'assurer de désolidariser le mouvement étudiant en faisant intervenir des étudiant-e-s ne reconnaissant pas la diversité des tactiques, qui tombent dans le panneau de la dénonciation des actions perturbatrices qui sont celles qui mettent de la pression sur le gouvernement.
RépondreSupprimerLa violence que j'ai observée en cette soirée/nuit, fut principalement celle des policiers qui ont matraqué sans retenue les participant-e-s à la manifestation d'appui qui se tenait à l'extérieur. Pourtant, ces informations ne sont que très peu relayées. Je ne réussi pas à comprendre comment on peut comparer la violence faite envers les êtres humains et l'altération de matériel. Le culte de l'ordre et de la propriété privée se retrouve comme prémisse à la scandalisation généralisée, même à l'intérieur du mouvment étudiant, autour de l'occup du vieux. J'ai honte.
Merci pour ces nuances très révélatrices de quelqu'un qui a été sur place...c'est incroyable comment nous sommes tellement susceptibles et influençables (je me mets dans ce panier) et prêts à gober les distorsions médiatiques sans esprit critique. On voit des images choquants et on se dit "mais pourquoi ont-ils fait ça?" sans essayer de comprendre l'arrière-trame...
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