On savait que la grève générale était le meilleur moyen de faire avancer les revendications étudiantes. Il y a eu huit au Québec; toutes ont mené à une victoire pour les étudiant-e-s. Mais ce serait une erreur de penser que les individus n'en tirent pas des avantages aussi...
Jour 1: je participe à la levée de cours en après-midi. Sur les huit cours sur notre liste, nous ne trouvons qu'une seule étudiante, toute seule au fond de sa classe de langues et communication, pas de professeur en vue. Un Garda qui nous suit un peu, histoire de nous "encadrer". Nous le perdon en divisant notre petit groupe et en courant dans un cage d'escalier, en riant comme des fous. Après, la première manif de la grève générale. Nos voix résonnent bien dans les corridors de l'UQAM. C'est parti!
On perturbe un peu. Les Garda ( ou si tu veux, "simili-porcs") circulent autour, inquiets, murmurant dans leurs radios. Les visages des grévistes sont plein d'espoir. Il faut que le mouvement prenne de l'ampleur. On espère faire l'exemple. On visite le CEGEP du Vieux, "Le Vieux en grève/le Vieux en grève" scande-t-on. Des visages accueillants, d'autres perturbés. On nous prend en photo, beaucoup.
De retour au pavillon des sciences de l'UQAM. "Les sciences en grève/les sciences en grève". Des étudiant-e-s rivés à leurs écrans d'ordi, plongés dans leurs livres. Pas prêts à nous regarder. Peut-être bientôt. Nous sommes en train de poser les premier jalons.
Dans la rue. Il faudra que les montréalais s'y habitue. Nous ferons partie du paysage urbain cet hiver. Aujourd'hui n'était qu'un petit goût. On monte Saint-Laurent, grossit de nombre sur la rue Prince-Arthur, à la levée d'une autre assemblée de grève au Café Campus.
À centre-ville et ensuite à McGill. "UQAM, McGill, même combat". La sécurité du campus sécurise le bâtiment de l'administration. Nous rentrons ensuite dans un pavillon d'ingénierie. Là, les visages sont vraiment perturbés. Peut-être pas pour demain, la grève des étudiants en ingénierie à McGill. N'importe. "McGill on strike, McGill on strike".
Je quitte la manif sur la rue Sainte-Cat, ayant rempli mes trois heures. Il y en a qui font beaucoup plus, et c'est bien. Pour moi il s'agit de remplacer les trois heures de cours avec trois heures d'activités de lutte. Un minimum. Si chaque étudiant-e en grève faisait de même, le mouvement prendrait rapidement de l'ampleur.
Une chose est certaine: une ou deux manifestations par semaine et des courses vigoureuses dans les escaliers pour éviter "l'encadrement" des simili-porcs feront en sorte que nous serons vraiment en forme d'ici la fin de l'hiver. Je rentre chez moi avec les jambes lourdes, mais l'esprit clair. Force est de constater: la grève n'est pas juste nécessaire pour faire reculer le gouvernement sur son projet de marchandisation de l'éducation et appauvrissement de la classe moyenne, elle est aussi bonne pour la santé!
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